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La chasse au bug est une discipline, une ascèse faisant partie intégrante du développement d’un programme informatique.

Le bug est un animal gras, luisant, nuisible et non comestible qui se carapate lorsque le développeur se pointe. Le bug est un animal sournois qui sort de sa tanière lorsque l’utilisateur est là. Le bug sait que la plupart des utilisateurs sont inoffensifs ; alors que le bug sait que le développeur est un chasseur sans pitié qui le traque pour l’exterminer.

Si vous faites partie d’une association de défense, ne vous laissez pas attendrir par le sort des bugs. Ils envahissent nos programmes, ils doivent disparaître.

Remarque

Le développeur crée ses propres bugs lorsqu’il écrit ses programmes. Mais, il vit sur un territoire qu’il partage avec d’autres développeurs et leurs bugs. Ce territoire s’appelle la Terre et s’étend jusqu’à ses satellites. Il se retrouve dans chaque ordinateur, chaque objet possédant un cœur binaire battant au rythme des Zéros et des Uns.

LES ESPECES

Nous référençons trois grandes espèces de bugs. Le bug Cosmétique, le bug Bloquant et le Crash bug. Chacune de ses espèces partage trois comportements identiques, trois personnalités. On compte le bug reproductible, le bug non reproductible et le bug aléatoire. Nous ne connaissons qu’une infime partie de la population des bugs existants. Tous les jours, il s’en découvre des nouveaux, tous les jours, les chasseurs de bugs en exterminent des quantités phénoménales.

LE TESTEUR

Le développeur ne suffisant plus à lui seul à assumer son rôle d’écrivain et de correcteur, une nouvelle fonction dédiée s’est créée il y a déjà de nombreuses années pour seconder le développeur dans son office. Il s’agit du testeur. Le testeur est un chasseur de primes autant qu’un anthropologue. Il consacre sa vie à pourchasser le bug non reproductible ou le bug bloquant, donnant la priorité aux plus nocifs de tous, j’ai nommé le Crash bug non reproductible. Une fois la proie repérée et identifiée, le testeur la référence, afin que le développeur puisse l’annihiler.

LA TRAQUE

Mais, cette opération n’est pas forcément aisée, car l’animal capturé n’est pas facile à anéantir et il est même en mesure de s’échapper à nouveau. Le bug est rusé, il a une capacité de survie extraordinaire. Il est capable de disparaître, laissant croire qu’il est corrigé. Il est capable d’entrer en état de catatonie et on le pense mort pour de bon. Au moment où l’on s’y attend le moins, il ressurgit dans la vie de l’utilisateur qui reste déboussolé et appelle à son secours le service des chasseurs de bugs.

Nous avons appris à vivre avec toute une horde de bugs qui font partie de notre quotidien et dont nous n’attendons plus l’éradication. Ils sont parfois bloquants, ou seulement cosmétiques. Nous vivons avec, nous cohabitons dans un équilibre fragile.

Nous disposons tous d’une arme ultime contre les bugs les plus virulents

Le bouton Power Off. L’acte du reset qui consiste à suicider notre terminal informatique en le privant d’électricité puis à le ressusciter est devenu un acte courant de nos vies d’utilisateurs. C’est un acte désespéré qui s’opère parfois au prix de la perte chère de certains documents, mais c’est un acte salvateur… Si l’appareil redémarre et retrouve sa fonctionnalité pleine et entière.

UNE RECETTE pour illustrer

La recette d’un programme informatique est à quelques variantes près celle-ci :

– Deux journées de conception

– Une journée de développement

– Trois jours de chasse

Cette recette coûte cher et elle est devenue difficilement rentabilisable dans un monde hyperconcurrentiel. Le fast food de l’informatique a un nom : QD pour Quick and Dirty. C’était d’ailleurs le nom de MS DOS avant son rachat. Le logiciel s’appelait QDOS pour Quick and Dirty Operating System.

La recette moderne du QD correspond à ceci :

– Une demi-journée de conception, de préférence pendant un moment d’éveil

– Une journée de développement à l’arrache, en mode QD

– Une demi-journée de chasse réalisée par le développeur.

S’ensuit une passe d’armes à l’utilisateur qui sera convié par la suite à une partie de ping-pong avec le support technique.

Il est vivement recommandé de ne pas abuser de QD dans son informatique, sous peine de voir ses outils devenir obésitiels et de devoir suivre une longue bugothérapie pour retrouver un équilibre normal. Observer un juste milieu en toute connaissance de cause et sans excès vous rendra la vie meilleure. Consultez votre spécialiste à ce sujet.

Le nombre exponentiel de bugs est directement lié au développement de l’informatique.

Plus il y a de lignes de code, plus il y a de bugs. Certains développeurs sont capables de créer trois bugs avec seulement une ligne de code. D’autres sont en mesure de passer deux jours à chasser un bug cosmétique qui tient de la simulation du copier-coller. Le problème dans ce dernier cas est que le développeur est un chasseur qui ne sait pas lâcher prise. Il poursuit sa proie sans trêve jusqu’à ce qu’il arrive à ses fins. La simulation du copier-coller marchera à tous les coups, sur toutes les configurations, ou c’est toute une fonction du programme, pourtant fort pratique pour l’utilisateur, qui disparaîtra.

Le développeur crée ses bugs, il les chasse, mais il vit aussi avec les bugs des autres. Il se pose souvent la question de savoir s’il est le père du bug qu’il chasse ou si c’est la créature d’un autre développeur. La chasse prend alors la tournure de l’investigation et de l’introspection : « suis-je l’auteur de ce tas de cambouis ? »

LE BUG DOMESTIQUE

 

Le bug qui échappe à son créateur peut être considéré comme étant à l’état sauvage. A ce stade, il ne va pas nuire plus que sa condition ne le lui permet. Hélas, il existe en ce bas monde des gens mal intentionnés. Je parle des dompteurs de bugs.

Les dompteurs de bugs sont à l’origine des développeurs, mais ils utilisent leur savoir pour capturer les bugs, et ils les dressent pour les rendre plus nuisibles qu’à leur état sauvage. On fait ça aussi avec les enfants. « Tiens, voilà une mitraillette, va jouer dans le champ de mines là-bas ».

Le bug domestiqué obéi à son maître et prend le nom de virus.

Au début, le bug domestique était surtout bête et méchant, phalangiste, extrémiste. Il investissait le lieu défini par son maître et se faisait sauter afin de détruire un maximum de choses autour de lui.

Le bug domestique moderne est beaucoup plus fin, beaucoup plus cultivé et instruit que ses ancêtres. Il a acquis des techniques de combats redoutables. Il sait se rendre parfaitement invisible. 

Il devient chasseur abandonnant son état initial de proie.Il sait reconnaître un environnement hostile et se faire oublier, se faire tout petit, passer inaperçu jusqu’à ce que vienne le moment d’agir, comme un agent secret dormant.

Ces bugs appartiennent aux forces de l’ombre et ont entraîné l’apparition d’un nouveau genre de développeurs qui se dévouent à la chasse au bug domestique.
Dans cette lutte sans merci dont les enjeux sont colossaux, l’adversaire profite d’avantages indéniables. L’appétit des uns pour le fast food en mode QD et une population d’utilisateurs civils mal informés, et non préparés au combat contre le bug domestique.
Nous parlons bien d’une guerre. Elle se passe sur la toile et elle concerne votre future brosse à dents qui sera connected.