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Communiquer, c’est prendre un risque.

Celui d’être incompris, jugé, rejeté. C’est aussi prendre le risque d’être abusé,trompé, manipulé. Et aussi celui de passer pour un imbécile aux yeux des autres si on ne comprend pas son interlocuteur. Le mot, à l’oral et à l’écrit, est une arme à double tranchant.
Nous communiquons avec nos semblables, car l’Homme est un animal social. Nous parlons à nos animaux, car le risque est bien moindre à satisfaire notre besoin d’expression et à assumer nos aptitudes à comprendre ceux qui ne peuvent pas verbaliser leurs émotions.

Nos neurones, du bout de leurs axones, manipulent nos mains qui tapotent un clavier et fricotent avec une souris. Le pixel de l’écran vient s’écraser sur le fond de nos rétines pour devenir signal électrique qu’un complexe processus interprète pour le transformer en message conscient. De là naît la communication avec la machine. Cette communication est tout aussi risquée que celle que nous entretenons avec ceux qui sont susceptibles d’incompréhension et de tromperie. Car la machine est notre œuvre, à l’image de l’imprimerie, utilisée tout autant par des êtres malveillants.

Cette machine, quel que soit sa forme, qu’elle soit posée sur nos genoux ou tienne autour de notre poignet, dépasse les capacités d’entendement du commun des mortels.  Trop récente pour notre cerveau primaire, trop changeante pour notre capacité d’apprentissage, nous sommes tous utilisateurs de technologies dont la simplicité, prônée par un marketing illusoire, est l’arbre qui cache la forêt. C’est une forêt qu’à notre corps défendant nous traversons, les loups y rôdent en meutes serrées et organisées.

Si vous prenez conscience de cela, si vous prenez conscience que vous êtes à portée de fibre optique d’une mafia cybernétique sans scrupule qui joue sur votre crédulité, votre méconnaissance technologique, votre stress et vos moments d’inattentions, il vous reste un pas à faire qui est d’apprendre à tenir le fusil et à vous défendre. Votre ordinateur est une arme à feu qui vous est livrée avec des cartouches mouillées. Entendons les filtres antispam, les navigateurs sécurisés, les pare-feu et antivirus qui ont depuis deux décennies démontrés plus que tout leur inefficacité. Ce n’est pas moi qui l’affirme, je l’ai lu, plusieurs fois, de sources différentes. Et avant de l’écrire moi-même, j’y ai réfléchi.

En entreprise, on part du principe que vous n’êtes pas en mesure d’apprendre à tenir votre ordinateur en joue. La tâche est confiée à un chasseur professionnel, informaticien responsable de la maintenance et de la sécurité, qui vous fait passer d’utilisateur à mouton. L’efficacité en est tout autant dérisoire que le chasseur peut bien souvent être un piètre incompétent, incapable de voir le loup au milieu du troupeau. Ce loup-là est assis au même étage que vous, il utilise la même machine à café que vous, vous lui dîtes bonjour tous les jours. En réponse à ces menaces venant de toutes parts, prenant toutes formes, l’informaticien, du haut de sa tour d’ivoire, imbu de ses certifications ISO, Microsoft et CISCO, ne voit d’autre solution que de déposséder encore plus l’utilisateur de sa machine. Bientôt, plus le droit de faire clic droit avec la souris. Pourquoi cela ? Parce que l’informaticien a étudié l’informatique et ne sait pas apporter une réplique autre que technique à un problème de communication humaine.

Et comme si nous faire passer d’utilisateur à mouton ne suffisait pas, il y en est d’autres qui se sont arrogé le droit de nous transformer en produit. Nos côtes et gigots pacagées, marchandisées, cellophanées et mises en rayons, sont vendus sous le manteau aux fouilles poubelles en quête de leads. À ce stade, peu importe que le mouton s’appelle Albert ou Sidonie. L’important, c’est l’identifiant publicitaire que la machine livre à tous ceux qui investissent sur les habitudes de vie des uns et des autres. Le loup, en mode IA, est à son clavier, caché derrière l’écran, à l’autre bout de la fibre. Ceux qui nous offrent du gratuit sont ceux qui nous le font payer le plus cher. Un acronyme les désigne : les GAFAM. Une technologie leur permet d’opérer : le Big Data. Un facteur humain leur permet de réussir leur coup : notre innocence.

Cessons d’être innocent, apprenons à connaître et reconnaître le loup, cessons d’être mouton, apprenons à manipuler nos machines de manière à ne pas en être victime. C’est une nécessité, autant que celle qui nous dicte d’apprendre à conduire une automobile. Pourtant, apprendre à conduire, c’est très compliqué. Ceci fait, cela n’empêche pas de prendre les transports en commun ou un taxi. Mais surtout, ça donne une autonomie qui évite de se retrouver dans la bétaillère.